Blockchain et santé : de nouveaux usages vertueux envisageables à moyen terme

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Par Olivier Labarthe, consultant Transformation digitale, DXC

La hype de la blockchain s’intensifie de jour en jour pour bon nombre de secteurs d’activités, la sphère financière en ligne de mire, mais également l’énergie ou l’assurance.

Blockchain et santé : quel constat ?

Chaque jour, nous générons, sans nous en rendre compte, un volume conséquent de données relatives à notre santé. Ces données émanent d’une multitude de tiers (médecins, hôpitaux, assurances publiques/privées, laboratoires pharmaceutiques, start-up de l’Internet des objets…). Cette multiplication des sources génère des coûts de gestion importants, sans compter le risque de perte de données et de sous-utilisation de ces dernières à des fins préventives et thérapeutiques. Trop peu de synergies sont tirées de ces données.

À l’heure où nous tentons de numériser et centraliser nos dossiers médicaux, un problème de confiance et de défiance se pose quant à l’exploitation de ces données sensibles. Les données de santé, qu’elles proviennent du suivi de nos traitements (lié à la carte Vitale), du suivi opératoire (opérations, antécédents médicaux, …) ou du suivi de l’évolution de notre corps avec les objets connectés, ne nous appartiennent pas directement. Elles font l’objet de nombreuses intermédiations et finissent pour l’essentiel centralisées par un petit nombre d’entreprises telles que les GAFA pour ne citer qu’elles. Pourtant, développer un dossier médical, susceptible d’être partagé avec des tiers, constitue un enjeu clé pour notre santé, et permettrait d’améliorer la prévention et le suivi des patients. La technologie blockchain est susceptible de répondre au problème de confiance, de défiance et de partage de données au profit des patients. Mais comment ?

Pour répondre au comment, il est important de revenir aux origines du phénomène blockchain. Initialement, la blockchain est le protocole technologique à la base de la cryptomonnaie bitcoin. Pour simplifier, elle correspond à un grand livre comptable dans lequel toutes les transactions numériques, les échanges, sont enregistrés et signés grâce à l’identifiant unique dont disposent tant l’émetteur que le récepteur de l’échange. On parle ici de cryptographie asymétrique. Chaque transaction est vérifiée par une communauté de pairs qui s’accordent démocratiquement pour valider la transaction, ce qui permet de se passer des autorités externes (banques et États) traditionnelles. On parle alors de consensus distribué.

In fine, la transaction est stockée dans une base de données distribuée entre tous les pairs. L’assimilation de ces deux procédés sécurisants (cryptographie asymétrique et consensus distribué) permet de créer une « machine à confiance », sur laquelle peut aisément se reposer une monnaie telle que le bitcoin au regard de sa valeur à l’heure actuelle. La blockchain est donc une machine à créer de la confiance, car en signant cryptographiquement les transactions qui sont alors stockées sur une multitude de serveurs de manière distribuée, les échanges devenant dès lors infalsifiables et immuables.

Mais quel rapport avec le secteur de la santé ?

Depuis quelques années, certains laboratoires pharmaceutiques conscients que la « pilule » n’est pas nécessairement le seul moyen pour traiter un patient, investissent dans ce qu’on appelle des « Patient-Support Programmes ». Ces derniers ont pour objectif de mieux suivre les patients atteints de certaines pathologies. Pour cela, ces programmes peuvent prendre la forme d’une offre cross-canal combinant applications smartphones, objets connectés, centre de relation téléphonique avec un centre de soin spécialisé, et suivi rapproché avec un médecin.

On peut par exemple citer le projet Diabéo, une application développée par le laboratoire Sanofi, à destination des personnes atteintes de diabète. Diabéo a pour vocation de faciliter le suivi du traitement au quotidien et d’alerter automatiquement une équipe médicale en cas de problème. Concrètement, le patient enregistre ses données dans l’application (alimentation, activité physique, …) et celle-ci calcule la dose optimale d’insuline. Ces données servent également à « renforcer le lien médecin / patient », car elles sont automatiquement transmises aux médecins et laboratoires pharmaceutiques, qui vont les analyser afin d’ajuster le traitement. Derrière cette notion de « lien » se trouve une relation nécessitant de la confiance entre le médecin et le patient.

Et c’est ici que la technologie blockchain commence à révéler tout son intérêt. Appliquée à Diabéo, la blockchain pourrait permettre de gérer de manière transparente, sure et infalsifiable les données des patients et restreindre le partage des données aux principaux tiers de confiances : médecins, hôpitaux, laboratoires pharmaceutiques, … Tout cela au bénéfice du patient qui saura où sont ses données et qui y a accès.

Si la confiance est rétablie, on peut alors imaginer que d’immenses volumes de données liées à notre santé soient aisément mobilisables par les chercheurs, les médecins, tout en assurant notre consentement, en protégeant notre vie privée, et en connaissant les motivations exactes des tiers en temps réel, indépendamment de notre localisation et des contraintes réglementaires. En clair, la blockchain faciliterait l’accès à nos données de santé pour améliorer le suivi, la recherche, les traitements, tout en garantissant le respect de notre vie privée.

Si nous pouvons reprendre le contrôle sur nos données, on peut également imaginer les monétiser. Si, par exemple dans le cadre d’essai clinique, un laboratoire pharmaceutique souhaite disposer d’une immense base de données actualisée en fonction de nos faits et gestes (traitement, objet connectés), l’utilisateur pourrait, en échange de proposer l’accès à ses données, être rémunéré automatiquement.

Blockchain + santé = utopie ?

La technologie blockchain est certes pleine de promesses, mais sa relative jeunesse fait également apparaitre quelques limites, notamment techniques, mais également juridiques et sociales. L’une des principales limites techniques reste encore la scalabilité de la blockchain, c’est-à-dire son déploiement à grande échelle, pour gérer une quantité astronomique de données. À titre d’exemple, une transaction en bitcoin pour quelle soit effective nécessite environ 10 minutes de validation ! A contrario, des intermédiaires bancaires tels que Visa sont capables de gérer des milliers de transactions à la seconde. Difficile d’imaginer qu’un médecin accepte de patienter ne serait-ce que 10 minutes pour accéder au dossier médical en urgence ! Cette limite est, à mon sens, temporaire, et certaines start-up développent actuellement des solutions pour réduire drastiquement le temps de validation. Juridiquement, les limites peuvent être d’ordre contractuel (un smart contract a-t-il une réelle valeur juridique ? quelle confiance accorde-t-on à un code informatique ?), mais également liées à la propriété des données.

La blockchain étant réputée infalsifiable, il est impossible d’effacer des données si l’information est validée et répliquée sur tous les nœuds du réseau. Cette limite met à mal le concept de droit à l’oubli. La dernière limite concerne son cadre réglementaire. Stocker l’ensemble des informations de santé sur une base de données distribuée est complexe tant les sources de données peuvent être diverses et venir d’une multitude d’acteurs différents. Pour aboutir à une centralisation des données, il est nécessaire que le projet soit soulevé par un consortium des principaux acteurs du secteur, États, corps médicaux, laboratoires pharmaceutiques, …

Mais à l’heure des objets connectés, de l’intelligence artificielle et des bots, pourquoi ne pas rêver d’un usage à vocation sociale de la blockchain ? Rendez-vous dans un an pour refaire un point. Et surtout, rendez-vous très bientôt pour la troisième édition du Baromètre de la Transformation Digitale organisé par CSC !


Sources

Devillier, N. (2016, 08 02). Quelle blockchain pour la santé ?

DSIH. (2016, 02 8). La Blockchain a-t-elle un avenir dans la santé ?

Dubromer, A.-S. (2016, 11 15). Digital et Santé . (O. Labarthe, Intervieweur)

Eudes, Y. (2016, 11 07). La blockchain sort de la sphère financière pour entrer dans l’industrie.

Finyear. (s.d.). Blockchain : l’ubérisation ultime qui atteint la santé.

France, B. (2016). La blockchain décryptée – les clefs d’une révolution. NetExplo.

France, B. (2015, 09 28). La Blockchain et la santé.

France, B. (2016, 03 02). La blockchain et la santé.

Fredouelle, A. (2016, 07 27). Big Pharma et géants tech veulent utiliser la blockchain dans l’e-santé.

Paillé, J.-Y. (2016, 11 12). La Blockchain redonne “le pouvoir aux patients face aux GAFA.

TicSante. (2013, 05 06). Sanofi lance une grande étude de télémédecine sur le diabète.

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