L’automobile électrique va renverser les barrières

Par François Dauphin, expert international énergie, DXC Technology

Associé à de nouveaux services de mobilité, intégré aux réseaux électriques intelligents, le véhicule électrique s’avère un élément charnière de la transition énergétique.  Mais alors que le marché de l’électromobilité s’apprête à passer la seconde, c’est tout son écosystème qu’il faut repenser, avec des impacts sur de multiples secteurs d’activité.

Trois études récentes viennent de mettre en évidence la montée en puissance du véhicule électrique dans les deux décennies à venir.

UBS a publié en juillet dernier une étude qui montre que le coût complet de détention d’un véhicule électrique sera inférieur à celui d’un véhicule au pétrole dès 2018. Bien que le souci de l’autonomie reste majeur, UBS a remonté son estimation de part de marché des véhicules électriques pour 2025 de 9% à 14,2 %. Cette étude met en exergue les estimations publiées en mai 2017 par le cabinet Blackrock d’une chute du coût de stockage d’un kilowattheure électrique de 450 $ aujourd’hui à une centaine de dollars en 2025.

Plus récemment encore, la banque ING a enfoncé le clou avec une étude aux perspectives encore plus étonnantes. Sous l’impulsion de la baisse du prix et l’augmentation de la performance des batteries lithium, UBS estime que les véhicules électriques avec une autonomie de 400 kilomètres seront, dès 2024, moins chers à l’achat que les véhicules fonctionnant aux combustibles dérivés du pétrole. ING penche donc pour une transformation encore plus radicale du marché automobile, en allant jusqu’à des hypothèses de captation totale du marché par les véhicules électriques en 2035.

L’annonce du gouvernement chinois d’imposer un quota de 10% minimum de véhicules électriques dès 2019 ne fait que d’emballer la mécanique. Le bouleversement complet du secteur va mettre sous pression les constructeurs actuels mais il pourrait aller bien au-delà.

Soucieux de répondre aux besoins de la génération Y, adepte de mobilité urbaine et de vélos vintage à pignon fixe, les concepteurs de véhicules de demain pourraient s’orienter vers des véhicules ultra personnalisés. Le train moteur d’un véhicule électrique comportant 7 fois moins de pièces qu’un moteur thermique, il est plus simple à produire.  Il est dès lors probable que de nouveaux constructeurs émergent, tel Dyson qui vient d’annoncer la sortie d’un véhicule dans sa gamme de produit. Il est aussi possible que d’anciennes marques réapparaissent, d’autant plus qu’elles offriront la possibilité de mettre en avant les notions de détente de sport ou de luxe. Compte tenu du potentiel considérable de revenus, les producteurs et distributeurs d’électricité se découvriront possiblement une âme de constructeurs automobiles.

L’envolée des ventes de véhicules électriques va par ailleurs se produire en même temps que celle des imprimantes 3D qui permettent de produire à bas coût des pièces en petites séries.  Cette conjonction de technologies devrait favoriser le développement de véhicules dédiés à des marchés de niche. Quitte à imaginer, pourquoi pas, des véhicules conçus spécialement pour les adeptes de planche à voile ou de violoncelle ! Une déclinaison avancée de ce que proposent actuellement les constructeurs avec leur gamme de couleurs étendue. Lassés d’attendre que les constructeurs répondent à leur besoin, certains clients finiront par lancer leur propre gamme de véhicule comme ce fût le cas récemment pour La Poste en Allemagne.

Le véhicule électrique a aussi comme conséquence de réduire de près de 25% les coûts de maintenance et de concentrer les coûts résiduels sur les pneumatiques et le changement des plaquettes ou des balais d’essuie-glaces, opérations aisément prises en charge aujourd’hui par les centres automobiles. Sans reconversion de leur activités, l’ère du véhicule électrique pourrait impliquer la fermeture lente mais régulière de plus d’un garage automobile sur deux. Autant de points de contact en moins pour permettre aux constructeurs d’entretenir une relation régulière avec leurs clients.

La fin de vie des véhicules sera aussi fortement impactée. Si la valeur résiduelle d’un véhicule au pétrole ne dépasse pas quelques centaines d’euros, celle d’un véhicule électrique est estimée à plus de 4.000 euros. Le marché du recyclage des véhicules devrait donc s’envoler, et représenter une opportunité très lucrative pour les mastodontes actuels du recyclage.

Enfin, les entreprises de distribution d’électricité vont être énormément sollicitées dans les années à venir. La France disposait de 16.000 bornes de recharges publiques à fin 2016 et 20.000 nouvelles bornes seront installées cette année. Si les prévisions d’UBS et ING sont correctes, ce sont plus de 500.000 bornes de recharge qu’il faudra connecter au réseau électrique chaque année. Des chiffres certes en phase avec ce qui était prévu en son temps dans le plan Borloo, mais qui représentent pour les gestionnaires de réseaux publics un enjeu et une opportunité économique considérables. Le marché des bornes de recharge rapide est lui aussi faramineux. Il s’agit ni plus ni moins de dupliquer l’ensemble des stations-services qui devront pour leur part repenser totalement leur modèle d’affaires au profit de centres d’accueil multi-services.

Si l’on rajoute à ces évolutions l’arrivée de voitures en auto-partage et celle probable de véhicules autonomes louables à la course avec prise de commande sur mobile, l’électrification du véhicule est bien plus qu’une simple mutation technologique. C’est une révolution.

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